Bertrand : «l'UMP doit avoir des idées d'avance»
7/2/2009

LE FIGARO.- Avez-vous noté un infléchissement de Nicolas Sarkozy face à la crise ?
Xavier
BERTRAND.- Les Français attendent une meilleure répartition des
richesses, davantage de lisibilité sur la justice des mesures et un
contrôle plus efficace du système financier international. Le président
a répondu à ces attentes, tout en confirmant qu'il faut faire du
travail la priorité et, dans le même temps, renforcer la solidarité
pour ceux qui sont éloignés de l'emploi. Nous sommes très attachés au
soutien aux classes moyennes. Les réformes vont continuer, mais avec
une volonté encore plus forte de protéger les Français les plus exposés
à la crise.
Comment compenser la suppression de la taxe professionnelle pour les communes ?
Il
y a des pistes, comme la taxe carbone par exemple. Avec ce que l'État
compense déjà aujourd'hui, le manque à gagner serait de 8 milliards
d'euros et il a vocation à être compensé, bien évidemment. La taxe
professionnelle n'existe chez aucun de nos voisins européens. Sa
suppression est un outil anti-délocalisations, voire un moyen nouveau
de relocaliser des emplois.
Approuvez-vous le plafonnement des rémunérations des dirigeants d'entreprise ?
Certains
systèmes doivent être totalement revus, notamment pour les traders,
mais un plafonnement systématique n'a pas de sens. On ne peut pas
traiter de la même façon un Bill Gates et un Bernard Madoff !
Les syndicats vont-ils saisir la main tendue par Nicolas Sarkozy ?
En
tous cas, le président leur donne la possibilité de travailler ensemble
à des solutions à la crise. Il offre aussi à la gauche l'opportunité de
sortir d'une opposition systématique qui est rejetée par l'opinion. La
façon dont Martine Aubry a réagi aux propositions sur le chômage
partiel montre d'ailleurs qu'il est possible de mettre un terme, même
provisoire, à des querelles d'arrière-garde. Cette crise exceptionnelle
exige des comportements exceptionnels. La politique politicienne
reprendra ses droits bien assez tôt.
Comment l'UMP
va-t-elle faire le service après-vente des pistes ouvertes pas le
président, notamment la suppression de la première tranche de l'impôt
sur le revenu ?
La vocation du Mouvement populaire, c'est
d'avoir des idées d'avance. Nous allons interroger les militants sur
les propositions du président et lancer le débat dès ce week-end, pour
nous engager davantage encore dans le soutien du plan de relance.
Vendredi soir, les responsables du mouvement ont reçu un sms de
mobilisation, et les militants une newsletter contenant les principaux
points de l'intervention présidentielle ainsi qu'une vidéo que j'ai
enregistrée à l'issue de l'émission.
C'est Nicolas Sarkozy lui-même qui a présenté la nouvelle direction de l'UMP. A-t-il si peu confiance en vous ?
Par
rapport à ses prédécesseurs, l'attitude de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de
l'UMP a le mérite de la transparence. Arrêtons les mauvais procès ! On
avait dit qu'il n'y aurait pas de place pour chacun à la direction,
c'est faux. Les conseillers politiques vont être réunis dans quelques
jours, avec le bureau exécutif, et ils joueront un vrai rôle politique.
Christian Estrosi, le premier d'entre eux, s'occupera de la diversité.
Les secrétaires généraux auront chacun un thème : Éric Besson
travaillera sur l'avenir des Français, Nathalie Kosciusko-Morizet sur
leur protection, Marc-Philippe Daubresse sur leur vie quotidienne et
Axel Poniatowski sur la France dans le monde. Chacun coordonnera et
animera un pôle de secrétaires nationaux, qui seront nommés avant la
mi-février et recevront une lettre de mission très précise.
Allez-vous encore étoffer l'organigramme ?
L'équipe
sortante comptait 160 membres. La nouvelle sera plus réduite, et je
demanderai à chacun un engagement effectif. Je peux être d'autant plus
exigeant sur la disponibilité que j'ai moi-même quitté le gouvernement
pour me consacrer au Mouvement populaire. Nous allons jouer davantage
collectif, avec des règles du jeu. Je ne me suis pas fixé l'objectif
d'atteindre 500 000 adhérents pour faire du chiffre, mais parce que ce
serait la conséquence logique de nos efforts pour faire vivre et
grandir le Mouvement populaire.
L'UMP a désigné ses têtes de liste pour les européennes. Où en sont les négociations avec le Nouveau Centre ?
J'ai
le sentiment qu'un bon accord, un accord rapide, est possible. La
décision incombe au comité de la majorité, qui se réunira dans une
dizaine de jours sous la présidence de Jean-Claude Gaudin. Chacun a
compris que si nous sommes unis, c'est bien mieux pour l'emporter. Dès
la semaine prochaine, nous allons aussi mettre en place un comité
stratégique pour les européennes avec Brice Hortefeux et Michel
Barnier. Nous avons également tenu à faire participer Bruno Le Maire,
secrétaire d'État aux Affaires européennes. Nous mènerons une campagne
très offensive, sur la base des acquis de la présidence française de
l'Union européenne.
Comment éviter les déchirements lors des primaires pour les régionales ?
Je
vais réunir dans les prochains jours tous les candidats engagés dans
des primaires et les chargés de mission régionaux. L'UMP doit jouer le
jeu de la démocratie, pas de la cacophonie. Pour donner une dynamique à
notre campagne, il y aura un vote dans chaque région, même lorsqu'il
n'y a qu'un seul candidat en lice.
Y compris dans les quatre régions où le choix a été différé ?
En
Alsace et en Corse, nous avons des sortants qui sont soumis à des
échéances budgétaires. En Auvergne et en PACA, un large consensus se
dégage autour de Brice Hortefeux et Hubert Falco. On peut se donner un
peu de temps. Il y aura un vote, sans doute à la rentrée de septembre.
Comment calmer le jeu en Ile-de-France ?
J'ai
proposé à Roger Karoutchi et Valérie Pécresse, qui l'ont aussitôt
accepté, de mettre entre parenthèses leurs débats publics
contradictoires, compte tenu de la réforme des enseignants-chercheurs
qui est une priorité du gouvernement.
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